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:: Remise en Jeu ::

 
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Jikkyo
Petite plume

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Inscrit le: 05 Jan 2012
Messages: 195
Spécialité: Scénario

MessagePosté le: Jeu 11 Oct - 17:54 (2012)    Sujet du message: Remise en Jeu Répondre en citant

Voilà un nouveau projet qui me tiens plus à coeur, vu que ce n'est pas une fanfic comme précédemment.
Alors voilà j'espère vous plonger fin XIXème siècle, dans une intrigue mettant en scène les plus grands détectives de cet époque. Eux se sont déjà rencontré il y a dix ans pour la plus grande enquête de leurs carrières, aujourd'hui ils se réunissent à nouveau.







 
 
 
Prologue       
 
 
          - Il se pourrait que..., MacBannerman s'arrêta, un air mystérieux et grave peint sur le visage, laissant un instant de silence flotter dans l'air pour accentuer l'effet dramatique.- Que quoi ? Coupa Alexey qui ne partageait visiblement pas l'art du suspens qu'entretenait William. Je ne sais pas si tu a remarqué Will, mais ce n'est pas le moment de se faire prier, alors parle. Nous n'avons pas répondu à l'appel d'Hermos et traversé tout ces pays pour jouer aux devinettes.
  
Alexey pouvait sembler dur et froid à première vue mais ce n'était qu'une facette illusoire qui le préservait des curieux. Facette qui n’impressionnait, ni ne décontenançait plus ses illustres collègues depuis le temps qu'ils se côtoyaient. William reprit, se plaçant sous l'unique source de lumière de la pièce. Ses traits fins, presque royaux, brillaient, enveloppés par le mince halo vacillant.


- Il se pourrait que quelqu'un cherche à éliminer les plus grands détectives de ce siècle, Alex. Le dernier mot retentit comme une réprimande. Peut-être même est-ce la confrérie qui est visée. Pirrelh, d'abord. Marla ensuite. Coïncidence ? Ce serait folie d'y croire ! Cette éventualité vous a-t-elle, au moins, effleurée une seule fois lors de votre voyage ou alors êtes -vous à ce point imbus de vos réputations que vous ne ressentiez même pas l'ombre du danger qui nous surplombe ? 


 Un silence pesant s'installa dans la petite pièce légèrement éclairée tandis que les mots du Sir écossais résonnait âprement dans l'esprit des trois interlocuteurs. Il semblait même que chacun retenaient son souffle pour ne pas avoir à affronter la dure mais non moins présente réalité qui menaçait. La vieille comtoise en chêne, elle, continuait à hoqueter de droite à gauche rendant encore plus lourde l'atmosphère de mort qui planait au -dessus de leur tête. Ce fut finalement Jacob qui rompit le mutisme général. Involontairement. Trop occupé à éviter de faire le moindre bruit, il avait oublié de retirer le mince cigare qui pendait à sa bouche. Après quelques toussotements dus à la fumée irritante qui avait envahi sa gorge, il releva la tête, affrontant honteusement le regard consterné d'Erich Hirsch qui leva les yeux au ciel pour ensuite prendre la parole


- Quelqu'un essaye d'éliminer les plus grands détectives du monde, reprit-il, ainsi même que la confrérie d'après tes soupçons. La réponse est pourtant dans la phrase. Que pourrait-il faire face à nous ?


- Réservez cette question pour Pirrelh ou Marla, Erich, répliqua froidement William. Pour Hermos, aussi... Cela fait trois jours maintenant. Le silence radio qui perdure est assez significatif. Réservez cette question pour eux trois, oui. Nous aurons peut-être bientôt à les rejoindre...





 
Chapitre I : A vos marques... 

Quelques jours plus tôt :
Angleterre, Londres.


                                                          La brume matinale et quotidienne de Londres commençait à nouer son écharpe de fumée à
travers rues et ruelles quand Hermos Hockells ouvrit la porte en bois massif de sa maison. Son faciès crispé et tendu marquait ses traits fatigués, dus à plusieurs nuits à veiller, et quiconque l'aurait connu auparavant, aurait aussi remarqué sa pâleur inhabituel et la maigreur de son visage. Après un imperceptible coup d’œil vers la gauche, il se mit à compter. Un. Deux. Trois. Puis refermant le battant en un geste, il se laissa glisser dans la foule pour, rapidement, devenir ombre parmi les ombres. Serpentant à travers le flux ouvrier qui se pressait, tantôt tirant charrettes de ciment et de sable, tantôt portant de leurs puissants bras sacs et outils, Hermos passait totalement inaperçu jouant de sa stature élancée. Il avait revêtu son long caban noir et s'aidait de son parapluie comme d'une canne pour palier à la douleur lancinante de sa cuisse droite. Ses pas inégaux mais déterminés le menaient vers King's Cross, mais ses yeux infatigables, eux, surveillaient son trajet, alertes. Quatre. Cinq. Deux calèches filèrent à tout allure, perçant la purée de pois, accompagnés par les hennissements retentissants des fieres montures qui tiraient de leurs puissants muscles forgés à l'attelage. Les roues bondissantes, elles, éclaboussaient indifférentes le flot de passants tandis qu'instinctivement, ceux-ci se protégeaient à l'aide de parapluies en tout genre en un burlesque spectacle. Si les londoniens n'étaient pas tous surexcités à l'idée de se rendre au travail, Hermos, lui, affichait un air triste et froid. Tendu. Ces derniers jours avaient été surprenants. Surprenants et durs. Pirrelh était mort. Tué. Explosion effroyable dans le quartier pourtant calme et paisible où il habitait. Effroyable et anormal. Comment l'avait-il trouvé ? Six. Sept. Huit. Comment les avaient-ils trouvés ? Il avait tout de suite envoyé une missive à ses contacts inter-continentaux et avait réussi à s'entretenir avec Miss Jeenp et son fidèle ami écossais, William. État d'urgence mis en place immédiatement. Le meurtre d'un des meilleurs inspecteurs au monde n'était en rien une coïncidence ou une erreur. D'autant plus si on prenait en compte les deux dernières lettres qu'avait adressé le défunt détective à Hermos avant sa mort. Écriture précipitée, codée, semblant mentionnée conspirations et complots d'envergures. Pirrelh était sur une grosse enquête, sinon il n'en n'aurait pas tenu aussi minutieusement informé son estimé collègue. Mais parmi toute cette confusion à décryptée, un mot avait saisi d'effroi le détective. Agartha. Agartha. Pourquoi Pirrelh aurait-il pris le risque d'inscrire ce mot tabou sur une si simple et si fragile feuille de papier ? Maintenant, qu'il était mort, son secret ne tenait plus que dans la petite mallette grise et abîmée qu'Hermos agrippait fermement de la main gauche. Neuf. Il déglutit, cligna deux fois des yeux et reprit plus rapidement mais tout aussi discrètement son avancée dans le dédal londonien. Il n'était plus très loin maintenant et la pluie se mit à tomber sans prévenir, déclinant progressivement la visibilité déjà amoindrie par la brume. Hermos ouvrit son parapluie noir de jais et disparu alors totalement des regards. La rue vira soudainement à gauche et la splendide entrée de la grande gare se dessina à travers le léger brouillard. Les barreaux torsadés de la porte s'ouvraient vers la cacophonie habituellle qui régnait dans ce lieu mouvementé et la foule noire de monde s'engageait à l'intérieur, happée par la bouche béante de métal. Dix. Onze. Douze. Treize. 


Impossible d'entrer. Deux gouttes de sueur commencèrent à descendre sur le visage émacié du détective quand celui-ci changea de trajectoire le plus naturellement possible pour éviter les soupçons. Ils avaient mis trop de temps à s'organiser. Il était trop tard. Il bifurqua au premier embranchement et se mit à chercher une cabine téléphonique. Son pouls s’accéléra légèrement. Il devait s'attendre à tout, et c'est dans cette optique qu'Hermos avait appris à maîtriser les situations enclines au stress ou à l'angoisse. Mais il avait beau être le meilleur de sa catégorie, il n'avait rien prévu pour ce genre de cas et il n'avait plus la jeunesse de son côté pour espérer s'en tirer par la force. Plus loin, devant lui, un gamin criait à la volée pour écouler le journal quotidien. En passant à côté, il se saisit d'un des journaux et déposa rapidement une pièce dans la main crasseuse du garçon qui lui adressa un bref sourire de toutes ses dents noires et abîmées. Continuant son chemin, Hermos jeta un léger coup d’œil aux alentours avant de détourner les yeux de son environnement pour quelques instants. Quatorze. Quinze. Il inclina la tête vers le grand titre du The Guardian. S'arrêta net. Reparti aussitôt, tel une machine, grâce aux réflexes spectaculaires qu'il s'était forgés durant ses longues années de service. Mais il ne décolla pas le visage du journal. Il déglutit de nouveau, deux fois. Ses mains commencèrent à trembler doucement puis plus vite et plus vite encore, et ses yeux brillants de détresse ne cessaient de relire la page de couverture. Explosion dévastatrice à Leicester, Miss Marla Jeenp, célèbre enquêtrice privée reconnue pour ses talents, comptée parmi les nombreux morts. Marla. Elle aurait due partir aujourd'hui selon le plan. Oui, ils avaient mis trop de temps. Une larme apparut timidement sur la joue du confrère mais surtout de l'ami puis fut rapidement chassé d'un geste brusque. Hermos déposa le journal sur un banc laissé vide et continua sa route précipitamment. Pirrelh, Marla. Seize. Dix-sept. Maintenant, lui ? Le rouge pétant d'une cabine apparut sur sa droite et il s'y dirigea, répétant d'avance dans sa tête les numéros qu'il allait composé. Il s'enferma dans la cabine, saisit le combiné puis composa la liste de chiffres. Premier signal sonore. Pirrelh, Marla. Comment avait-il pu laissé faire ça ? Il était pourtant supposé être le plus grand détective de tout les temps, non ? Il ne méritait pas ce titre. Il se maudissait de porter ce titre. Deuxième signal sonore. Bref coup d’œil à l'extérieur. Débouchant d'une ruelle juxtaposée à la sienne, un autre continua sa route sans le voir. Dix-huit. Troisième signal sonore. Décroche, décroche bon sang ! tonna-t-il intérieurement. Quatrième signal. Cinquième. Hermos raccrocha rageusement le combiné, il ne pouvait resté immobile plus longtemps. Trop risqué. Il ouvrit la porte mais le téléphone retentit soudainement. Il se retourna et le décrocha, surpris.


- Hermos ? C'est toi ?
Le londoniens distingua clairement l'accent prononcé de William.- Bon dieu, William pourquoi n'as- tu pas décroché ? Lui reprochât-il.
- Je ne savais pas si la ligne était sécurisée, j'ai préféré rappeler. Ais-je eu tort ?
L'idiot jura Hermos, son état de choc avait trompé sa logique. Évidemment, sa ligne à lui n'était pas sécurisée, l'écossais avait vu juste mais il n'avait pas le temps pour les compliments.
- Will, Marla est morte, révéla-t-il en un souffle.
Un court silence régna un instant avant que le Sir ne réponde.
- Où es-tu ?
- Impossible de partir, la gare est surveillée. Je suis pris au piège dans ma ville William, ils sont partout, j'en ai compté une vingtaine !
Deuxième silence.
- Sors d'ici tout de suite Hermos, fais toi oublier, disparaîs, tu connais des gens ici, non ? Tu retenteras une sortie plus tard.
- Impossible, ils sont partout te dis-je, je vais tenter le port, c'est la dernière solution qui me reste.
- Trop risqué, oublie, rétorqua William.
- Pas le temps de construire un plan correct Will, je prends les devants, dans deux jours si tu n'as aucune nouvelle, concluez -en que je suis mort et que les documents sont perdus. Prenez la relève.
- Hors de que...


  Hermos raccrocha le combiné. Il souffla, puis sortit de la cabine mais n'eut pas le temps de s'élancer. Il se figea brusquement. De l'autre coté de la rue, près du vieux lampadaire, un homme d'une trentaine d'années. Leurs regards se croisèrent mais l'inconnu ne le quitta pas des yeux. Dix-neuf. Sueur, tremblements, déglutitions. Volte-face, marche rapide en direction des quais. Durée du trajet estimé à quinze minutes. Les réactions et réflexes du détective revinrent mécaniquement établir les paramètres de la situation mortelle. Cadence augmentée. Durée du trajet estimée à treize minutes. Les plans des vieux quartier de Londres défilèrent avec une précision chirurgicale dans l'esprit du vieux limier. Optimisation du trajet : raccourci pris en compte. Durée du trajet estimé à dix minutes. Deux hommes habillés de noir, rue gauche. Un, rue droite. Quatre hommes en tout. Complication avant arrivée estimée à 87%. La main moite du détective resserra sa prise sur la précieuse mallette tandis qu'il aperçut glisser d'un croisement un cinquième homme, venant bloqué son avancée à une trentaine de mètres. Complication 96%. Les yeux perçants d'Hermos sondèrent minutieusement la rue étrangement déserte, semblant même traverser briques et bois. A droite, immeuble à deux étages. Probabilité d'ouverture sur le toit estimé à 78%. La prise de risque était inévitable. Cinq enjambées pour arriver sur le palier. Poignée verrouillée. Hermos devait s'attendre à tout. Il prévoyait toujours avec plusieurs coups d'avance toutes ses actions combinées elles-mêmes à toutes les réactions possibles, toutes les éventualités imaginables et toutes les autres aussi. Il ne faisait pas partie des meilleurs détectives au monde. Il était un cran au -dessus. La porte s'ouvrit docilement face au passe-partout du détective et laissa entrevoir par son entrebâillement le papiers peint défraichi et terne du corridor. Perte de temps : minime. Le son des pas qui résonnait sur le pavé inégal derrière lui se fit plus pressant et il accéléra lui même son allure. Gravissant quatre par quatre les vieilles marches de l'escalier en bois pourri qui grinçait sous son poids, Hermos sentit le poids de son vieux Deringer peser contre sa poitrine. Il ne l'avait pas utilisé depuis plus de dix ans. Pas utilisé pour tuer. Tuer. L'engrenage se débloqua soudainement dans son esprit et à mesure qu'il grimpait, les pages brouillons des courriers de Pirrelh s'affichaient tour à tour, phrase par phrase, mot par mot comme s' il les avait eu devant lui. Et les caractères cachés dévoilaient enfin leur sens énigmatique. Agartha. Tuer. Protéger. Pirrelh mort. Marla morte. Maintenant, lui ? Et si... Et si quelqu'un tentait de mettre à jour la confrérie de Tjukurpa ? Ou... d'en éliminer les membres... Ne pas se disperser. Hermos refixa son attention sur son ascension. Vingt marches. Quinze. Dix. Cinq marches. Chercher l'issue. L'issue potentielle. Une pièce. Deux. Trois pièces. Aucun accès. Probabilité d'ouverture sur le toit réduite à néant. L'escalier fit à nouveaux jouer de ses grincements inquiétants. Ils arrivaient. Première pièce : fenêtre donnant sur rue. Le moindre détail trouvait sa place dans la logique d'Hermos. Il l'analysait, le démontait, le restructurait, l'assemblait avec d'autres détails et l'utilisait si besoin était. Pourcentage de chance qu'un véhicule passe avant l'arrivée des poursuivants établis à 59%. Autres solutions envisageables : nule. D'un geste sec, il releva la fenêtre et glissa par l'ouverture, se tenant fermement aux rebords. Le vent en furie avait décidé de venir fouetter de toute sa force le visage méconnaissable du détective en fuite. Là-bas : carrosse tiré par deux Cleveland Bay de fortes statures. Cadence élevée. Arrivée estimée dans moins de deux minutes. Trop long. Les retenir encore quelques instants. Il remonta à l'intérieur et ferma la porte à l'aide du passe-partout puis la bloqua avec l'armoire de droite et la commode de gauche. S'aidant des bruits qui l'entouraient Hermos visualisa les quatre hommes se tenant maintenant derrière la fine porte en bois qui les séparait. Deux bruits sourds, porte qui tremble, meubles qui tressaillent puis léger déclic métallique qui résonne. Revolver à silex. Le détective se plaqua contre terre juste à temps pendant que les balles gros calibres déchiquetaient le vieux mobilier. Un coup. Deux. Trois. Six coups. Chargeur vide. Temps passé : cinquante secondes. Se relevant péniblement, Hermos se dirigea vers la fenêtre et repassa pour la deuxième fois de l'autre coté. Il se ressaisit du parapluie, qu'il avait calé dans son imperméable, en voyant que son transport d'infortune arrivait maintenant à portée. Sans la moindre hésitation, il sauta. Il attendit le moment non pas propice ni approximatif mais l'unique, le moment parfait, pour déployer d'un coup son parapluie. Moins d'une demi-seconde. Ce fut le temps ou Hermos Hockells stagna en l'air pour ralentir sa chute. Ce fut aussi le temps que prirent les chevaux pour avancer le carrosse de quelques centimètres le plaçant dans l'axe parfait d’atterrissage. Le détective lâcha le parapluie pour agripper la voiture et se plaqua violemment contre son toit. L'endurance d'Hermos avait diminuer depuis ses dernières années et cette perte physique ce faisait enfin ressentir jusqu'au bout de ses doigts. Son souffle rauque et bruyant n'arrivait presque plus à suivre la cadence de son pouls et son point de coté le faisait souffrir. Il ne tiendrait plus très longtemps. Le cocher, effrayé, se retourna alors en criant et essaya d'éjecter l'inconnu qui s'accrochait désespérément à la toiture de son véhicule. Pas le choix. Hermos envoya la mallette cogner le visage de l'homme qui tomba comme une pierre sur la route abîmée. Prenant sa place, Hermos reprit les rennes et dirigea les deux destriers vers le quai où il espérait trouver son billet de sortie. La foule surprise par l'agitation s'écartait de son chemin et ses quatre derniers poursuivants étaient maintenant loin. Brisant le flot continu de passant, Hermos aperçut, au bout de la rue dans laquelle il venait de s'engager, les premiers signes de l'activité portuaire. Les premières lueurs de sa providence. Les sabots martelaient le sol de pierres et les roues vibraient et tressautaient tandis que, ne prêtant pas attention aux cris indignés des passagers présents derrière lui, Hermos continuait inlassablement de réfléchir aux possibles gênes de sa fuite miraculeuse. Mais il y avait des gênes contre lesquels il était impuissant. Un claquement effroyable résonna quand la tête d'un des chevaux explosa littéralement devant lui répandant son fluide vitale sur Hermos. Petit calibre, tir longue portée. Entraîné par le poids de son congénère, le deuxième animal s'affala contre terre et fit tanguer la voiture. Le monde d'Hermos se retourna d'un seul coup, et il du rouler à plusieurs reprises serrant bras et jambes pour amortir la violente chute. Les cris et hurlements effrayés commencèrent à envahir les ruelles adjacentes, noyés sous le nombre des londoniens qui couraient en tout sens. Après s'être relevé précipitamment, Hermos tituba sur quelques mètre avant de retomber, épuisé, en s'appuyant sur le mur de briques qui bordait l'avenue. S'en était trop. Beaucoup trop. Et sa fuite premièrement miraculeuse prenait une tournure cauchemardesque. Il enleva son blouson noir maculé de sang dans lequel il étouffait après tous ses efforts, mais prit soin de récupérer deux objets sphériques d'une des poches avant de l'abandonner. Résigné, il sortit de son holster son fidèle Deringer, qui semblait encore plus lourd qu'à l'habitude, et retira la sécurité, doigt sur la gâchette. Le Légendaire Hermos Hockells ne passerait pas l'arme à gauche sans riposter. Il se remit debout, les genoux tremblotants, et s'aida du mur rugueux pour continuer à avancer coûte que coûte. L'agitation était tellement assourdissante et omniprésente qu'il doutait que quelqu'un le remarque au milieu de toute cette confusion. Mais il ajouta, naturellement, un pourcentage de 13% à la possibilité que le sniper réitère son geste. 13%. Anticipation : nule. Le mur de briques éclata juste devant lui, projetant une compacte poussière sableuse dans les yeux du détective et soulevant un deuxième vent de panique. Automatiquement, Hermos se saisit d'une des petites sphères qu'il avait récupérée et la jeta violemment contre terre. Aussitôt un imposant nuage coloré enroba sa frêle silhouette, et rapidement, se propagea en intensifiant son opacité protectrice. Hermos repensa à Pirrelh. Il repensa à Marla. Il vit ses yeux doux et calmes. Ses lèvres tendres et aimantes. Son visage. Il devait vivre. Pour elle. Pour eux. La douleur fut chassée par le mental d'acier de l'homme, et sur son visage renaissait les traits fiers et imposants qu'il avait jadis incarné lors de sa glorieuse hégémonie. Il courut. Droit devant lui, perçant les volutes rouges de fumée qui protégeaient son avancée fulgurante. Et juste avant qu'il ne sorte du brouillard artificiel, il lança de nouveau en avant la deuxième boule de fumée. Ses muscles brûlaient comme l'acide sur du bois d'abattage et son cœur pulsait de plus en plus vite, se rétractant comme on presse un fruit mûr et se détendant en un mouvement sec et rapide. Et l'information de douleur qui circulaient dans ses synapses déchaînés étaient refoulée à l'entrée du cerveau comme un barrage de police retient une foule en colère. Et il courait de plus en plus vite. Et il pensait à Pirrelh. A Marla. A ses yeux et à ses lèvres et il accélérait sa course folle. Le deuxième nuage commençait lui aussi à disparaître progressivement quand Hermos en sortit, de toute sa puissance. Les quais étaient devant lui, et il distingua un bateau de l'autre coté du fleuve qui débutait sa démarche de départ. Sa seule chance. Et pendant l'infime laps de temps où il tourna le regard vers son ticket de sortie, il ne put voir arriver l'imposant taureau basané qui fonçait droit vers lui du haut de ses deux mètres. Le géant le percuta de plein fouet, en le serrant d'une étreinte mortelle, chamboulant son champ de vision. Pour elle. Pour eux. Reprenant constance, et voyant que l'homme tentait de l'écraser contre le mur bétonné, il glissa son bras hors de la prise en le désarticulant partiellement et aveugla la brute en enfonçant férocement ses puissants doigts dans ses globes oculaires. Instinctivement l'agresseur relâcha sa poigne, mais Hermos ne lui laissa pas le temps de reprendre ses esprits. Se saisissant d'une des mains de l'inconnu, il exerça un demi-tour sur lui même et à l'aide d'une forte pression du pied derrière le genoux, il le fit tomber à terre. Coup de poing en plein visage. Le sang poisseux coula sur le menton de l'homme qui était devenu la proie malgré lui du détective en furie. Ce dernier le traîna jusqu'au plancher en bois qui marquait le début des pontons d'arrimage et réunissant les mains du colosse l'une contre l'autre, il empoigna le couteau affûté qui pendait à la ceinture de sa victime et l'empala dessus. Le beuglement résonna dans tout le quartier, mais Hermos n'y prêta aucune attention et récupéra son Deringer et sa mallette qu'il avait laissée tomber sous le choc. Pirrelh. Marla. Aucun regret. Aucune pitié. Il était trop tard pour ces choses futiles. Bruits de pas rapides, rue gauche. Arrivée prévue dans cinq secondes. Hermos, arma, visa et tira. Déboulant sans aucune prudence, un autre homme habillé de noir s'effondra en arrière quand la balle perfora son épaule gauche de part en part libérant une giclée de sang sur une courte distance. Aucune pitié. Se recentrer sur la fuite. Le bateau. Le seul à troubler la paisible étendue d'eau de la Tamise. Le seul à encore pouvoir le sauver. Moyen d'accès : Pont surplombant son trajet. Évaluation de la distance : Une centaine de mètres. Obstacles en vue : nul. Sprint final. La distance fut rapidement parcourue et Hermos arriva au pont au moment même ou l'embarcation passait au -dessous. Il ne prit même pas la peine de s’arrêter et sauta par dessus la rambarde. Sans parapluie, cette fois. Il s'écrasa contre le bois dur du navire et se sonna le temps de quelques minutes. Sa vue brouillée reprit peu à peu de sa netteté et palpant faiblement le pont avant, il se releva faiblement en soufflant. Sauvé. Troisième bruit assourdissant. Pas encore. A coté de lui, le verre de la lampe à huile éteinte vola en éclat. Le sniper était toujours là. Gémissant de douleur, le détective se traîna jusque dans la cale ou il serait enfin à l'abri. Il dégringola plutôt que de descendre les escaliers et ouvrit la porte en bois entrouverte pour se réfugier dans l'obscurité de la pièce. Mais avant même qu'il n'eut le temps de chercher un quelconque éclairage, deux torches s'illuminèrent devant lui. A leurs lumières incandescentes apparurent alors devant lui un homme seul, debout, tenant fermement les sources flamboyantes. Apparurent aussi de multiples tonneaux qui muraient toute la pièce et qui d'après le flair aiguisé d'Hermos était rempli à craquer de poudre à canon.


- Pris dans la toile, monsieur Hockells, fit simplement l'homme en noir, le visage ne dégageant presque aucune émotion.


Incompréhension. Comment ? Pourquoi ? Impossible. L'esprit d'Hermos fut envahit par l'angoisse. L'angoisse d'avoir failli. Il avait été manipulé ? Contrôlé ? Comme un vulgaire pantin ? Lui ? Un unique bateau à flotter sur le fleuve. Une unique voiture à rouler sur la rue habituellement bondée de Baker Street. Un unique chemin empruntable du aux multiples obstacles disposés sur sa route. Tout était déjà fini avant même que cela ai commencé ? Et pourquoi n'avait t-il pas été tué par une des balles de tout ces hommes qu'il avait croisé sur sa route, si cela avait été si simple ? Pour prouver quelque chose. Qu'il n'était rien. Ridiculement obsolète ? Il n'avait rien vu venir. Sueur, tremblements, déglutitions de nouveau. Puis, résignation.


- Qui êtes vous, bon sang ? Finit-il par dire froidement.
- Souvenez vous, Hermos, il y a dix ans. Vous et votre bande de rigolos, aviez- vous vraiment cru que ça en resterait là ? Vous pouvez nous retarder, nous ralentir, vous pouvez nous affaiblir et nous arrêter pendant plusieurs années Hermos. Mais vous ne pouvez pas nous arrêter éternellement. Vous ne serez pas toujours là. Et c'est là votre seule faiblesse, votre grandeur si prestigieuse. Vous êtes irremplaçable Hermos, et le temps joue contre vous. Vous subissez les affres du temps, vous endurez les années, vous êtes victime de votre propre mortalité. Pas nous. L'Araignée est éternelle. Immortelle, termina l'autre en allumant de sa torche la mèche qui reliait les barils entre eux.


L'Araignée. Ils lui avaient pourtant coupé la tête. Coupé la tête de l'araignée. Voilà ou l'autre voulait en venir. Lui, Hermos, c'était lui la tête de sa confrérie. Il avait tort. Les meilleurs inspecteurs du monde entier s'était réunis dix ans auparavant pour contrer une organisation qu'aucun d'eux n'auraient pu combattre seul. Que Hermos n'avait pu combattre seul. Aujourd'hui, ils se réuniraient de nouveau. Ils combattraient de nouveau. Mais sans lui.


- Vous avez entièrement raison. Ça n'en restera pas là. Ils vous traqueront. Ils vous trouveront. Ils vous dévoileront. Vous n'êtes pas éternelle non plus, cracha Hermos, mais votre échec lui le sera, tant que des hommes et des femmes se dresseront en ma mémoire pour continuer à faire vivre cet ère unique. Cette période prospère. Ce temps des rêves. Tjukurpa.


L'homme ne répondit pas. Il ne semblait d'ailleurs pas avoir envie de s'en sortir vivant. Il restait là, paisible au fond de la cale remplie d'explosif, pendant que la flamme avançait sûrement sur les longues mèches conduisant inévitablement aux barils de poudre. Pourcentage de survie : 0%. Une larme unique roula doucement sur la joue pâle d'Hermos, puis comme s'ils les avaient préalablement sélectionnées, ses souvenirs les plus frappants revinrent illuminés une dernière fois son esprit. Il avait six ans. Son père mourrait en prison pour un crime qu'il n'avait jamais commis. Il avait quinze ans. Il s'introduisait secrètement dans le bureau de police et volait tout les dossiers classés des enquêtes pour vols, meurtres ou viols pour les relire ensuite des dizaines de fois chacun, inlassablement. Il avait vingt et un ans. Il avait étudié la psychologie, la criminologie, les sciences, l'astrologie, la relativité du temps, les religions, les langues, l'histoire, les lois et les manières de passer au travers. Il avait résolu sa première enquête pour meurtre. Il avait ouvert son cabinet. Il avait vingt -huit ans. Il avait expérimenté les drogues les plus nocives, il avait respiré les fumée les plus destructrices, testé les produits chimiques les plus dangereux. Il s'était immunisé contre sa propre peur. Il avait expérimenté les prémices de la mort. Il avait rencontré une fille. Marla Jeenp. Il avait aimé une fille. Pour la première fois. Il avait trente- neuf ans. Sa renommée devint mondiale. Il était un génie, un héros. Il était le plus grand détective de son siècle. Il avait traversé les mers et les continents. Il s'était fait des amis plus fidèles que son ombre. Il avait Pirrelh. Il avait William. Il avait Erich. Il avait Marla. Il avait tout et il était au -dessus de tous. Il avait quarante -cinq ans. Il avait participé à la plus grande affaire de toute sa vie. Il avait enquêté aux cotés des plus éminents enquêteurs de la Terre entière. Il l'avait découvert. Agartha. Ils s'étaient découvert. La confrérie de Tjukurpa. Ils avaient triomphé. Le temps des rêves. Il avait cinquante- trois ans. Il avait vu des choses que la plupart n'imaginent même pas dans leurs plus beaux rêves. Dans leurs plus terribles cauchemars. Il avait les cicatrices, les trophées, les souvenirs et les témoignages de sa traversée, de sa contribution à l'épanouissement du monde. Il avait cinquante-six ans. Il se trouvait dans la cale d'un navire bourré d'explosifs. Il passait le flambeau. Compte à rebours avant détonation. Six secondes. Cinq secondes. Quatre. Trois. Deux. Une seconde.




  
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J'étais du bon coté du flingue, mais du mauvais coté de la pelle.
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MessagePosté le: Jeu 11 Oct - 17:54 (2012)    Sujet du message: Publicité

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mokham
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Inscrit le: 31 Oct 2011
Messages: 709
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MessagePosté le: Ven 12 Oct - 17:51 (2012)    Sujet du message: Remise en Jeu Répondre en citant

salut Jik ;)
Je passe ici pour te dire que j'ai lu le prologue de ton histoire et franchement ça a l'air très intéressant. L'écriture est bien soigné ( juste quelques petites erreurs " tu as" au lieu de " tu a" dans le 1er paragraphe et " résonnaient" au lieu de " résonnait", " retenait" au lieu de "retenaient" dans le 4éme paragraphe).

 La narration est agréable à lire. J'aime bien ce type de scénario mélangeant énigme et suspens. Je lirais le chapitre un plus tard ( il est très long, environ 10 pages, alors je le lirais en plusieurs partie et je te donnerais mon avis)

Bonne chance ;)

Edit :
J'ai lu les 3 premiers gros paragraphes et je me suis arrêté au milieu 4éme ( celui la est très long et sans espace, tu m'as coupé le souffle >.<) tout ça en deux temps. Coté scénario il y a du suspens, la narration est excellente et j'aime bien le compte que tu fais à chaque fois ( un, deux...).
Mais le texte est long et le manque d’espace fait mal aux yeux( pour le prochain chapitre essaye de le poster en plusieurs partie et laisse des espaces).
Bref,  ce scénario est le mileur que j'ai lu de toi, un grand bravo ;)
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Dernière édition par mokham le Dim 14 Oct - 15:53 (2012); édité 1 fois
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Scarlett Red ♫
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MessagePosté le: Sam 13 Oct - 15:44 (2012)    Sujet du message: Remise en Jeu Répondre en citant

Haaaaan, J'AIME ! *____*
C'est très bien écrit, M. JohanàquiilmanqueSson !
Et... Marla. Marla Singer était une menteuse. Elle n'avait pas de cancer des testicules. //FIGHTCLUB//
Bref, j'attends la suite avec impatience.
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La vie n'est qu'une façade, tout comme le rire et les larmes, tout n'est fait que pour dissimuler la vérité, jouer sur un jeu de transparence. Comme les vêtements.
-Bye Aoi.
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MessagePosté le: Sam 13 Oct - 19:38 (2012)    Sujet du message: Remise en Jeu Répondre en citant

Nom de Zeus, Scarlett ! Tu connais Fight Club ?! :3 (Une de mes citations favorites<3) J'adore les répliques d'après :
M - En théorie le cancer des testicules me reviens, toi tu les as encore.
N - Tu rigoles ?!
M - Je sais pas, c'est toi qui sait. :')
En faite, Pirrelh Coutoe, Hermos Hockells et Marla Jeenp sont les acronyme de Hercule Poirot Sherlock Holmes et Miss Marple donc j'ai fait exprès de mettre Marla :] bref. Content que ça  te plaise!


Merci pour les erreurs Mokh', Espère que le 1er chapitre te plaira :) en faite il ne fait que 7 pages, les espaces je les ai rajouter pour faciliter la lecture. Vi énigme et suspens à gogo j'espère ^^ En faite après cette histoire j'ai prévu d'en faire une autre relatant la grande enquête ou ils se sont tous réunis la première fois et qui est donc en lien directe avec cette histoire! C'est pour ça que ça va être sympa car vous connaissez rien du tout du pourquoi du comment du ou ça du qui donc du parce que :3


Mais ne vous attendez pas a ce que le suite arrive très vite, mon déménagement et mon sport vont me bouffer tout mon temps pendant quelques semaines (et les DM, damned!), bref, merci d'avoir lu!


M. JohanàquiilmanqueSson. 
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ChibiDevil
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MessagePosté le: Dim 14 Oct - 15:42 (2012)    Sujet du message: Remise en Jeu Répondre en citant

Warrgh..
J'adoooore !!!  Happy!!
C'est vraiment trop bien ces histoires à suspens et tu écris vraiment bien  Waaaahhh!
Je te conseillerais juste d'espacé un peu plus le texte ^^' (enfin, tu vas me dire que c'est parce que j'ai tout lu d'un coup, mais j'ai les yeux explosés xD)
Et j'aurai une question : dans "Tjukurpa", le "j" se prononce comment ?  Question
voilà, voilà  Sifflote  bon courage pour la suite ! et vivement la suite !  Eloge
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 00:52 (2016)    Sujet du message: Remise en Jeu

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